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Vox populi

HUMILIATION S’ils ne sont pas largués au classement, les Cannois le sont dans le jeu et dans l’attitude. Corrosion assumée.


Lundi 9 Novembre 2009

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National An 9. Le mois de novembre débute à peine que l’AS Cannes se sait contrainte à l’exploit pour atteindre son objectif. Comme toutes les saisons qui ont précédé. Par ce premier tiers de championnat bâclé, l’exercice 2009-2010 sonne déjà comme un échec. Une défaite à Créteil le week-end prochain sonnerait le glas des prétentions ascéistes, à moins, on connaît la chanson, d’un exceptionnel redressement dont on devine vers quel rang il replacerait l’écurie d’Albert Emon. Le quatrième. La place du con.
Il n’est pas un supporter qui ne s’arrache les cheveux devant la maudite équation de l’insuccès cannois, cette redondance systématique du gâchis sportif, économique et culturel. Il fallait les voir, vendredi soir au pied de la Verte, incrédules et rassemblés, désemparés par tant de non-valeur. A cet instant-là, ils ne déploraient pas tant l’humiliation subie que le transfert de la sortie des « artistes » en tribune Est. Qui n’a pas connu cette alternance de haie d’honneur et de tribunaux à charge ne peut saisir la portée du rituel évoqué. Ce jugement populaire, dénué de concession, parfois démesurément cruel, a fait les réputations définitives des joueurs et des techniciens salariés de l’AS Cannes.
Où l’on repense à Michel Troin, sans doute l’un des meilleurs entraîneurs des neuf saisons écoulées, le plus performant en tout cas, signer son arrêt de mort rouge et blanc en invectivant les fidèles de Coubertin. Où l’on voit encore Kamel Ghilas foncer tête baissée vers les supporters pour se frayer un chemin vers le parking. D’autres, dans la victoire ou la défaite, n’ont eu droit qu’aux louanges répétées. Mikaël Cérielo, Dominique Aulanier, pour ne citer que les plus emblématiques, ont été de ceux-là. Sincèrement, on aurait aimé que le groupe défait contre Hyères affronte la vox populi et les regards réprobateurs. Peut-être même y auraient-ils puisé quelque force mentale pour les semaines à venir, en réponse au défi fait à leur honneur.
Malheureusement, ces joueurs-là semblent ne connaître que le confort. N’allez pas imaginer que nous versions dans la démagogie de bas étage, opposant le courageux supporter exténué par une semaine de travail en usine au footballeur cupide, surpayé pour taper dans un ballon quelques minutes la semaine. Il n’y a rien de cela ici. Mais les Rouge et Blanc doivent très vite mesurer le sens des événements en cours. Une coupure avec ceux qui leur portent un intérêt véritable, les spectateurs donc, s’avèrerait plus irrémédiable qu’une prochaine défaite en banlieue parisienne. D’abord parce que le crédit redonné à l’ASC depuis que l’institution a été rachetée demeure bien précaire. En s’engonçant dans la mollesse affichée vendredi, ils briseraient à coup sûr les efforts consentis par leur direction en vue de redonner vie à l’enceinte boccassienne. Imaginez une seconde la tête des partenaires économiques, initialement ravis d’inviter clients et prospects, au coup de sifflet final. Ou plutôt la réaction de leurs obligés, entre deux petits-fours et le discours gêné des communicants : "Dîtes-moi cher ami, n’étiez-vous pas sensé m’inviter à un match de football ?  Et pour la signature du contrat, on se reparle dans un cadre plus adapté, hein !"

Sont-ils des compétiteurs ?
Comprenez qu’il vaut mieux  taquiner un brin que recenser la liste des insuffisances affichées. De toutes les manières, sombrer dans la sinistrose n’apportera rien. Il est aujourd’hui question de savoir si ce groupe-là, ce staff là, sont capables de se redresser ensemble et faire valoir sans délai les qualités qui leur font défaut. Hargne, courage et capacité de révolte : l’esprit de compétition en somme, affiché une fois seulement contre le Paris FC, et dans les conditions diluviennes que l’on sait. Pour le beau jeu, on accepte bien volontiers de patienter. Il apparaît manifeste que ces jeunes hommes ont besoin de souffrir ensemble, de se voir moins beaux qu’ils ne croient être ou qu’ils n’étaient. Affronter la critique extérieure y aurait contribué. Ces cris du cœur, ils ne les entendront jamais dans les établissements "branchouilles" du coin.
Au reste, les questions de fond se résoudront plus tard, même si l’on devine que Ziad Fakhri et Xavier Nielsen les ressassent en continu. Ont-ils fait les bons choix de recrutement ? Eternels optimistes ou simples irréductibles de la cause du Dragon, on en accepte encore le gage, au moins jusqu’à Créteil. Rendez-vous est pris.

T.de P.

Photo Rik OCC

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